L'histoire du Bitcoin #3/3

Cet article fait partie d’une trilogie qui aborde l’histoire du bitcoin à travers trois échelles de temps différentes :

 

Des origines lointaines

La naissance du bitcoin est clairement identifiable avec la génération du premier bloc de transaction, effectuée le 3 Janvier 2009. Pour arriver à ses fins, son créateur, Satoshi Nakamoto, s’est notamment inspiré de différents travaux préexistants : ceux Wei Dai (concepteur de b-money, un système de paiement électronique anonyme et distribué) et Nick Szabo (co-créateur, à partir de 1998, d’une monnaie numérique décentralisée, appelé Bit Gold). Le Bitcoin est également, en quelque sorte, une amélioration du concept bitgold, imaginé par Nick Szabo en 2005. Satoshi Nakamoto propose de résoudre des problèmes soulevés par ces différents projets. Il apporte, par exemple, une solution au modèle de confiance, c’est-à-dire au mécanisme permettant de déterminer quelle est la chaîne de transaction légitime. Dans b-money, par exemple, les serveurs étaient supposés verser un dépôt de garantie selon un mécanisme compliqué et peu clair, ce qui rendait son application difficile. Satoshi Nakamoto a également développé le concept de preuve de travail issu des travaux d’Hal Finney.

C’est donc grâce à des fondements préexistants que le bitcoin a pu voir le jour. La présence de Wei Dai et Nick Szabo, parmi les influences fortes de Satoshi Nakamoto, met également en lumière le rôle déterminant de la mouvance Cypherpunk, née au début des années 90.

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                               Hal FINNEY                                             Nick SZABO                                              Wei DAI

 

La crise des subprimes comme détonateur

L’histoire du bitcoin est liée à celle de la crise financière de 2008, dite « crise des subprimes ». Le bitcoin et la technologie blockchain auraient sûrement vu le jour sans cet épisode financier mais nous pouvons largement considérer que cette crise a joué le rôle de catalyseur.

Les images de la banque Leman and Brother, alors 4ème banque des Etats Unis, font le tour de monde. Le 15 septembre 2008, la banque est déclarée en faillite et les employés quittent leur bureau, carton sous le bras. Ce sera la plus grosse crise économique depuis celle des années 1930.

De nombreuses voix accusent les banques d’être responsables de la crise et les valeurs véhiculées par le bitcoin trouvent alors un écho important : un système décentralisé, sans intermédiaire financier. Cette nouvelle tentative de créer une monnaie numérique indépendante de toute institution financière a donc, dans cette période 2008-2009, été favorisée par l’image des banques ne maîtrisant plus leur propre système. Satoshi Nakamoto était, en quelque sorte, au bon endroit au bon moment.

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 Satoshi Nagamoto

Tout ou presque a été dit à propos de Satoshi Nakamoto. Développeur génial et solitaire, équipe de geeks visionnaires ou encore conglomérat industriel silencieux. Depuis le 12 décembre 2010, date du dernier message de Satoshi Nakamoto, c’est la communauté bitcoin, constituée principalement de développeurs, qui assure l’évolution de cette monnaie. Toujours est-il qu’en 2008, il met en pratique son idée de créer une monnaie numérique permettant de s’émanciper du système bancaire actuel.

Pour se faire, il était nécessaire d’inventer une nouvelle technique permettant des échanges pair à pair de valeur, de façon fiable et sécurisée. Ce sera la blockchain.

Grâce à la démocratisation de la technologie Internet, il était déjà possible, en 2008, de s’échanger du contenu en pair à pair. Mais il n’était pas possible de s’échanger de la valeur, sans l’intermédiaire d’un tiers. En effet, lorsque vous échangez, par exemple, un fichier avec quelqu’un, il vous suffit d’envoyer ce fichier par Internet. Mais à l’arrivée, vous et le destinataire auront possession de ce fichier. Une copie aura été créée, via cet échange. Pour échanger de la valeur, le processus doit être différent. Lorsque vous envoyez, par exemple, 20 euros à quelqu’un, ces 20 euros doivent disparaître de votre poche pour se retrouver dans celle du destinataire. Il n’est pas question de dupliquer cette valeur.

En août 2008, Satoshi Nakamoto fait donc enregistrer le nom de domaine bitcoin.org et, le 31 octobre, il publie son livre blanc (plus connu sous la forme anglaise White Paper). Ce document de neuf pages décrit de manière complète le fonctionnement du bitcoin. Le logiciel code/Bitcoin-Qt 0.1 est édité la même année. C’est la première version du logiciel principal du système bitcoin appelé « bitcoin core ».

>>> Lire le Withe Paper du bitcoin, en français <<<

 

Le 3 janvier 2009, Satoshi Nakamoto émet le premier bitcoin avec le premier bloc (ensemble de transactions) de la future blockchain (chaîne de blocs). Pour marquer ce bloc 0, appelé également bloc de genèse (genesis block), il y écrit le titre du jour du journal britannique Times : « “The Times 03/Jan/2009 Chancellor on brink of second bailout for banks. » (traduit par «  Times du 3 janvier 2009, Le ministre des finances sur le point de sauver les banques pour la seconde fois »). Tout un symbole !!!

En février 2009, Satoshi Nakamoto publie un article au sujet de son travail sur le site P2P Foundation. La technologie blockchain, qui a été le moyen de créer bitcoin, est aujourd’hui complètement indépendante du bitcoin et elle est développée à travers des milliers de projets, publics ou privés.

>>> Lire l'article Mais qui est Satoshi Nakamoto? <<<

 

Des débuts prometteurs

Parmi les dates marquantes du bitcoin, le 22 mai 2010 est à marquer d’une croix blanche. C’est en effet à cette date que l’américain Laszlo Hanyecz, un programmeur vivant à Jacksonville en Floride, se propose, sur le forum bitcointalk, d’acheter des pizzas avec des bitcoins. C’est Papa John’s qui répondra favorablement à sa demande en lui envoyant deux pizzas en échange de 10 000 bitcoins. C’est la première transaction commerciale réalisée avec des bitcoins. Depuis, chaque année, la communauté bitcoin célèbre ce jour (Bitcoin Pizza Day).

Le 17 juillet 2010, Jed Mc Caleb fonde la place de marché Mt Gox. C’est la première place de marché dédiée au bitcoin. On peut y acheter et vendre des bitcoins, comme dans une bourse et, le 9 février 2011, un bitcoin vaut, pour la première fois, un dollar américain. Quelques mois plus tard, c’est au tour de l’euro de connaître la parité avec le bitcoin (23 avril 2001).

Encore confidentiel, le bitcoin commence à attiser la curiosité des grands médias. Ainsi, le 16 avril 2011, le magazine Time publie, pour la première fois, un article sur le bitcoin. Il y explique comment cette monnaie d’un nouveau genre pourrait défier les gouvernements et les banques.

Deux ans après le dernier message de Satoshi Nakamoto, la communauté bitcoin crée, le 27 septembre 2012, la Fondation Bitcoin.

Petit à petit, des sites marchands se mettent à accepter le bitcoin. Ainsi, le 16 novembre 2012, c’est WordPress qui accepte le bitcoin pour ses services payants.

Le 16 février 2013, c’est au tour du site de stockage en ligne Mega puis, le 14 octobre, c’est le géant de l’internet chinois Baidu (équivalent chinois de Google) qui accepte le bitcoin pour l’un de ses services.

 

L’envolée du Bitcoin

A la même période, à Vancouver, le premier distributeur automatique de bitcoins est installé. On en compte plus de 3 000 à mi 2018 à travers le monde. Les chemins de fer fédéraux suisses, en partenariat avec l’entreprise SweePay, a d’ailleurs créé le plus grand réseau de distributeurs de bitcoin en équipant tous ses distributeurs de billets de cette fonction.

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Distributeur de bitcoin

En 2013 toujours, les premières formations universitaires consacrée aux monnaies numériques voient le jour à l'université de Nicosie (master de sciences économiques spécialisé dans les monnaies numériques). Les étudiants peuvent même payer leur inscription en bitcoin.

Fin 2013 (29 novembre), Jiangsu Telecom, un des plus grands opérateurs chinois, filiale de China Telecom, accepte les bitcoins. De façon plus anecdotique, mais symbolique de l’engouement autour du bitcoin, Richard Branson annonce que Virgin Galactic accepte les bitcoins comme moyen de paiement pour ses vols de tourisme spatial !

L’année 2014 est tout aussi riche que la précédente. En mai, la commission électorale des États-Unis accepte que les campagnes électorales soient financées, pour partie, en bitcoins et en septembre, c’est Paypal qui s’ouvre progressivement à la cryptomonnaie.

Aujourd’hui, il est possible de tout acheter avec des bitcoins : des logiciels, des ordinateurs, des billets d’avion, des livres. Certains blogs recensent d’ailleurs les sites marchands (et les boutiques physiques) acceptant les cryptomonnaies. Il y en a plusieurs centaines de milliers à ce jour.

>>> Voir une liste des commerçants acceptant le bitcoin <<<

Une valeur refuge

En 2016, un phénomène intéressant se produit : après l’annonce du Brexit, le 24 juin, la valeur du bitcoin a gagné plus de 9 %, alors que toutes les places financières tombaient dans le rouge. Pour certains investisseurs, le bitcoin est, semble-t-il, devenu une valeur refuge.

La volatilité du bitcoin, comme celle de l’ensemble des cryptomonnaies, reste, à ce jour, très importante. Depuis 2010, le bitcoin a connu 4 bulles (pic puis chute de la valeur) : juin 2011, avril 2013, décembre 2013 et décembre 2017. Mais à chaque fois, le bitcoin s’est relevé est a continué son ascension. Il est de plus en plus cité dans des magazines grand public et certaines personnalités en font la publicité. Il s'intégre petit à petit dans la culture de masse et des références sont faites dans des textes et des chansons, par exemple (cf. Not alike, d'Eminem).

Les avis sur la cryptomonnaie sont, malgré tout, très partagés, y compris dans le monde de la finance. En septembre 2017, Jamie Dimon, PDG de JP Morgan Chase, une des plus importantes holdings financières, a qualifié bitcoin d'escroquerie. Il a même menacé de licenciement toute personne de son entreprise qui échangerait de cette monnaie. Depuis, la position de la holding a évolué et prête une attention particulière au monde de la blockchain, tout comme les fonds d’investissement et les banques qui proposent désormais des produits financiers tournés vers le bitcoin. Cet intérêt grandissant est notamment matérialisé par le nombre de transactions journalières qui s’élève à plusieurs centaines de millier.

Pour pouvoir accueillir des telles volumétries, la communauté de développeurs bitcoin travaille activement, et en permanence, à l’amélioration du système. Selon les estimations, la totalité des 21 millions de bitcoin prévus seront en circulation en 2140. En attendant, son utilisation est chaque jour un peu plus grande et certains considèrent déjà le bitcoin comme l’or numérique.

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